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31 juillet 2007

Quelques secondes d'éternité...

J'entendais hier une interview de Vincent Lindon dans laquelle il disait resentir une appréhension lors de ses tournages : Celle de se jouer presque pour le restant de sa vie. Le côté définitif de la manière avec laquelle une scène sera mise sur pellicule marque irrémédiablement le parcours de l'acteur.

Vincent_Lindon

Quel paradoxe, effectivement ! Il en est de même pour tous les artistes, je crois. Faire de chaque seconde un moment unique qui pourra se répéter tel quel à l'infini... Concentrer toutes ses connaissances et toute sa sensibilité du moment pour lancer tout ça ensuite dans le vent. Vivre quelques secondes d'éternité.

Savez-vous que, culturellement, nous avons partiquement abandonné cette manière de voir le monde depuis peu de temps ? En effet, depuis Aristote, nous avons intégré la pensée catégorielle. Lorsque nous pensons "Chaise", nous pensons un concept, un ensemble de propriétés valables pour toutes les chaises. Ca n'a pas toujours été le cas. Avant Aristote nous pensions "cette chose là, ici, maintenant". Les Egyptiens, par exemple, pensaient ainsi. Seuls les enfants, les sociétés primitives et les artistes perpétuent cette forme de pensée.

Posté par phildeguip à 12:56 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Un regard neuf...

Je vois ce que tu veux dire. Encore faut-il savoir de quels artistes on parle, la mouvance actuelle surtout en matière d'arts plastiques regorge de gens qui ne manie plus que des concepts, je pense que cette école se retrouve aussi dans la musique contemporaine dite sérieuse... D'un autre coté, ce qu'on qualifie maintenant d'image mentale (une approche initié par les phénoménologistes) est maintenant communément admise comme une des composante incontournable de notre manière de penser le monde.

Ce qui différencie l'artiste (celui qui est du coté de l'ici et maintenant comme tu dis), c'est sa capacité à faire abstraction de ce qu'il sait pour considérer l'objet de son attention avec un regard neuf, dépouillé d'à priori (ce que peut-être j'aurais du faire en écoutant ton album...), regard qui voudrais être le plus proche possible de celui de l'enfant mais qui est néanmoins porteur d'une connaissance indéniable. Là est toute la difficulté, Picasso affirmait avoir passer sa vie à essayer de redessiner comme un enfant. Il y a gagné en liberté, en invention mais la totalité de sa peinture est porteuse d'une maturité qui est loin d'être naïve.

Au fond, les vrais naïf s'ignorent comme tels, et c'est peut-être là que réside le paradoxe à vouloir créer un groupe de personnes se définissant comme naïf (Le Douanier Rousseau se décrivait par exemple comme un des plus grands impressionnistes avec Claude Monet...). Il est vrai par ailleurs qu'il y existe aussi de faux naïfs et pas des moindre (Dubuffet, Gaston Chaissac, pour ne citer que les plus connus), j'admets donc que la démarche est possible, et même louable, mais certainement semée d'embuches.

Posté par balthaz, 07 février 2009 à 13:13

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